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À cinquante ans, pourquoi ai-je plongé dans l’écriture d’un roman ?

Pourquoi ai-je fait ce saut périlleux dans une mer de mots?

À l’aube de ma retraite, je n’avais pour bagage littéraire ni nouvelles, ni esquisses de roman sur lesquelles poser les pieds entre deux brasses. Alors, qu’est-ce qui expliquerait mon engouement pour le verbe?

Serait-ce parce que j’admirais les écrivains à la pensée fluide? L’onde ensorcelante est pourtant impitoyable. Avec elle vient la peur de buter sur des récifs et d’être submergée par la vague.

Serait-ce le chant des sirènes? Peut–être. Comme Ulysse, j’ai senti un appel irrésistible qui me charmait au plus profond de moi. Seule, sans balises, j’ai avancé dans la nuit, scrutant le ciel à la recherche de l’étoile qui m’indiquerait mon chemin. Je marchais vers l’inconnu, guidée par l’astrolabe de la connaissance et de l’intuition et quand j’ai entrevu le califat abbasside vers la fin de sa gloire, j'ai su que c'était ma destination.

J'ai alors beaucoup lu sur ce monde fascinant. Je cherchais à savoir comment une étrangère l’aurait perçu ? Quel aurait été son regard ? Ne trouvant pas un tel roman en librairie, j’ai eu alors l’idée folle d’en écrire un. Un adage dit qu’on décrit mieux ce que l’on connaît bien. Moi, je ne connaissais à peu près rien de mon sujet. Mais comme le dit Wajdi Mouawad, « la surprise, seule, est la condition pour être illuminée par la beauté. Car avant de voir, votre oeil écoute. » Je voulais être surprise et j’ai été comblée.Une odyssée initiatique

SHAMSEH DE DELPHES est l’histoire d’une odyssée qui entraînera l’héroïne Gaïa jusqu’au sérail de Bagdad qui était alors le centre du monde civilisé, l’endroit de choix pour y situer la trame de mon roman. Gaïa portera un regard lucide sur ce califat fastueux, sensuel et raffiné. Son observation attentive met en lumière la vie des musulmans du XIe siècle en Méditerranée orientale.

Qu’est-ce qui va donc se passer pour Gaïa, forcée de vivre au harem? D’où vient son surnom de SHAMSEH DE DELPHES?

L’Islam du XIe siècle

L’Islam a bâti sa richesse sur le contrôle des mers et des routes de la soie qui reliaient entre elles des villes fastueuses de la Chine et de l’Inde jusqu’en Espagne. Alors que l’Europe médiévale peinait à se relever des invasions barbares, un art de vivre raffiné fleurissait dans les jardins luxuriants d’Ispahan, de Bagdad, du Caire, de Kairouan, de Fès et de Cordoue. Des réalisations culturelles et artistiques foisonnaient dans les villes populeuses qui jalonnaient les routes de la soie. Une civilisation se démarquait en médecine, en sciences naturelles, en arts et en lettres.

La médecine a particulièrement fasciné mon héroïne Gaïa. « Pourquoi y a-t-il des hôpitaux en Islam, alors que chez moi, les gens meurent dans la douleur à la maison? Pourquoi nous, les Grecs, qui avons développé les concepts de la médecine, n’avons-nous pas bâti de tels établissements pour soigner nos malades? »

SHAMSEH DE DELPHES dévoile un Islam des lumières juste avant les ravages de la guerre. En effet, des Turcs à l’est et des Croisés à l’ouest, vont venir fracasser les portes des villes musulmanes, pillant et massacrant sans pitié des populations terrorisées. La civilisation arabo-persane va alors connaître un déclin douloureux.

Ce que j’ai appris...

Écrire est un art exigeant. Mon roman est le fruit de plus de dix ans de plaisir et de travail acharné pour animer mes personnages et les accompagner dans leurs aventures! Certains ont vécu un destin implacable; j’ai senti battre le pouls de l’humanité à travers eux. Leurs combats s’apparentent au vécu de tant de personnes encore aujourd’hui.

Mon intuition m’a bien servie. J’ai maintes fois trouvé par hasard la lecture dont j’avais besoin pour inspirer ma rédaction. Je créais des situations pour découvrir qu’effectivement les comportements décrits étaient plausibles, qu’il s’agisse du voyeurisme du prince, de la résistance des femmes à s’aventurer hors des tâches traditionnelles ou de l’influence du Kâma Sûtra à Bagdad.

Je pensais m’évader avec mon histoire fabuleuse des mille et une nuits et voilà que la vie était au rendez-vous, car là où il y a des humains...

Au fil de l'écriture, la richesse de la nature humaine émergeait dans sa diversité et son universalité. Décrire les gens d’un village du Québec ou d’un harem, c’est entendre la gamme des personnalités, de la bienveillance à la turpitude. C’est aussi expérimenter les exaltations et les difficultés de toute vie : ses défis, ses amours, ses réalisations, ses peines et ses deuils.

SHAMSEH DE DELPHES révèle l’injustice des destins individuels et collectifs, les uns résidant dans des bulles dorées et les autres luttant et survivant dans la pauvreté, le sous-développement, la dictature ou la maladie. Des victimes souffrent de la violence et de ses horreurs et à côté d’une zone dévastée, la vie se poursuit presque dans l’indifférence !

J’ai aimé souligner la transmission des héritages socioculturels d’une civilisation à une autre, par exemple, le gynécée grec s’est transformé en harem en Islam et les thermes gréco-romains sont devenus des hammams. Les idées aussi voyagent d’une civilisation à une autre. Les visions du monde des philosophes grecs, étudiées par les Pères de l’Église, ont été traduites en arabe à la suite des conquêtes de Mahomet. En Islam, l’arabe était la langue de la communication, du commerce et surtout la langue sacrée du Coran.

Je suis consciente d’avoir observé le monde oriental à travers le moucharabieh de ma culture québécoise...

Qu’en pensez-vous? Je serais ravie de lire vos commentaires.

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